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 i lost my mind long time ago.

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Adèle Fauvez

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MessageSujet: i lost my mind long time ago.    Mar 22 Oct 2013 - 19:08

Elle court, Adèle. Elle fonce tête baissée se jeter dans les bras d'Eloise, au profond de ses souvenirs. Elle brûle et elle s'en fiche. Peu importe si tout pourrit désormais, elle se précipite droit dans son passé au lieu d'avancer? Passer au dessus, elle ne sait pas faire. C'est trop dur d'oublier, oublier la douleur sourde qui gronde et qui menace de l'engloutir. Elle est aveuglée par les larmes et la colère, elle ne voit pas qu'il y a un échappatoire possible à la souffrance, elle ne veut pas le voir. Elle comprend pas, Adèle, qu'elle peut s'en sortir sans passer à autre chose, sans oublier. Pour elle, dépasser la peine c'est oublier, et oublier Eloise est la pire des fautes. Alors elle se referme, repousse le monde extérieur qui continue de tourner alors qu'elle reste bloquée sur place, prisonnière des images lointaines qui dansent sans cesse devant ses yeux, l'empêchent de voir ce qui est face à elle. Chorégraphie parfaitement bien effectuée : quand la réalité se rapproche au point d'être indéniable, Adèle s'échappe. Elle fuit, rejetant ce qui s'impose à elle. Elle ne veut pas aller mieux, elle ne veut pas s'en sortir. A quoi bon s'en sortir sans Eloise ? Elle n'a pas le droit, Adèle, de continuer son chemin sans sa compagne de route. Quel intérêt de toute façon ? Alors elle court sans regarder devant elle, elle fronce droit dans le mur et elle le sait, elle attend simplement la collision. Elle aura mal, sans doute, mais ce sera toujours moins terrible que maintenant. Elle reste enfermée dans sa vision faussée des choses et refuse d'ouvrir les yeux. Mais à force de brûler, elle est à bout de nerfs, à bout de souffle, à bout de cœur. Elle n'en peut plus, Adèle, ça devient trop dur, trop fatiguant de se réfugier dans le passé qui ne lui est plus d'aucun réconfort. A fleur de peau. Adèle coule et il n'y a plus personne pour la rattraper. Il serait presque facile de simplement... lâcher prise. Mais elle se consume trop fort pour pouvoir renoncer. Elle ne peut se résoudre, elle n'a plus rien auquel se raccrocher, aucun endroit où se cacher. Renoncer, c'est une manière plus douce de mourir un peu plus. Mais elle n'a rien compris, elle ne sait pas que c'est mourir pour mieux renaître, en accord avec son passé. La tempête se déchaine dans sa tête et elle est incapable de mettre de l'ordre dans ses pensées qui fleurissent comme des mauvaises herbes et qui s'épanouissent sous la pluie. A force de trop brûler, elle s'est laissée éteindre mais ne se laisse plus étreindre. Adèle est devenue poussière, elle n'est plus rien, plus rien qu’un pâle reflet, un lointain écho de ce qu’elle était avant. Et pourtant, elle s’obstine. Adèle en petits morceaux. Adèle a le cœur en miettes. Et rien pour le réparer.

Une main passée dans ses cheveux, geste bref mais quelque peu saccadé et trop souvent répété, surtout, pour que cela ne cache pas une certaine nervosité, une tension perceptible sans difficulté. Il suffit de la regarder pour remarquer qu’il y a quelque chose qui cloche chez elle. N’importe qui pourrait le remarquer sans peine, même un simple observateur inconnu. Mais les autres, ces camarades, s’en rendent compte eux aussi. On ne manque jamais de se retourner sur elle, de murmurer sur son passage. Après tout, ils savent tous ce qui s’est passé. Son amitié fusionnelle, si forte, si spéciale que même les mots ne suffisent pas à la décrire, avec Eloise, une jolie fille de son âge, au sourire chaleureux et à la peau foncée. Et sa mort, dont on n’a pas cessé de parler pendant un temps, avant de finalement passer à un autre sujet. Au début, Adèle avait droit aux regards désolés, aux condoléances et aux mots vains de réconfort. Mais agressive, enfermée dans sa peine, elle n’a eu de cesse de les repousser, tous autant qu’ils sont. On pouvait comprendre son chagrin mais on attendait d’elle qu’elle évolue, qu’elle le surmonte. Maintenant, on la regarde, on chuchote des choses à son voisin. On connaît la fascination pour les faits divers morbides, pour la tristesse à l’état brut, pleine de colère et de désespoir. Alors comment Adèle pourrait-elle échapper aux regards ? Et peu importe si ça l’enfonce un peu plus, la poussant dans ses retranchements, ils s’en moquent. Ils ne sont pas là pour l’aider. Ils n’ont rien contre elle en tant que personne, elle est juste un sujet qu’ils peuvent évoquer pour s’occuper. Elle a un nouveau soupir, tente vainement de se concentrer sur le cours qui se déroule. Il est pourtant intéressant, ce cours. L’histoire, ça l’a toujours intéressée et en particulier ce qui se rapporte à l’archéologie. Elle n’est pas là par défaut ou par dépit mais parce que ça lui plait réellement et que c’est ce qu’elle a envie de faire. Mais il faut croire qu’elle a perdu l’envie, Adèle. Elle n’arrive plus à suivre, les paroles du prof se mélangent dans sa tête pour ne plus être qu’un charabia grotesque et incompréhensible. Elle essaye de refaire surface mais elle ne fait que couler de plus en plus, incapable d’agripper quelque chose, de prendre sur elle pour se relever. Et à nouveau, le visage souriant d’Eloise vient caresser ses yeux. Elle la revoit, marcher un peu devant elle en faisant semblant de l’ignorer et puis se retourner et lui adresser un grand sourire, l’invitant à la rejoindre. Les journées de fac, mornes et interminables, se ressemblent toutes désormais et Adèle ne sait même plus pourquoi elle vient. Mais elle se souvient d’un temps où ça lui plaisait d’être là, où elle en était contente. Il lui semble que cela fait mille ans. Et pourtant, c’était il y a quelques temps à peine. Son cœur se serre, enfermé dans un étau de fer, incapable de s’en échapper. Elle porte une main à sa poitrine, suffoque sous les larmes qui perlent à ses yeux mais qu’elle s’efforce toutefois de retenir. Elle refuse d’être faible, refuse de se jeter en pâture, de se donner en spectacle à un amphi qui ne serait que trop heureux d’en profiter. Alors elle se lève sans un mot et se précipite hors de la salle, sans un regard en arrière. Passant une main sous ses yeux pour effacer la pluie de ses pupilles d’un geste rageur, elle ne fait pas attention, ne regarde pas où elle va et finit par s’arrêter de justesse à moins de dix centimètres d’une silhouette qu’elle connait, plus ou moins bien. Colin.    

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Colin Batfire

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MessageSujet: Re: i lost my mind long time ago.    Mer 30 Oct 2013 - 1:33

On ne lui a pas demandé son avis. On ne lui a jamais parlé de son ressenti à lui, propre à la personne qu'il est quant à cette histoire de meurtre dans laquelle il a été plongé bien malgré lui. Comme si tout ce qui s'était passé avec Eloïse n'avait jamais existé. Foutaise. Bien trop nombreux sont ceux qui se sont dit qu'après tout, eh bien, Colin n'était que le voisin ! Qu'est-ce qu'il peut bien en avoir à faire de plus que les autres, d'Eloise ? D'accord, oui, il ne la voit plus tous les jours, ne la salue plus quand il va chercher son courrier, ou sortir ses poubelles. Mais en dehors de ça, qu'est-ce que ça change dans sa vie, à Colin ? Mais rien, bien évidemment ! Il n'a donné son avis dans le journal de la fac que de façon détachée, lointaine, ça prouve bien qu'il n'en a rien à faire, Colin, d'Eloise en tant que personne ! Elle n'est qu'une mauvaise pub pour la fac, après tout, avec cette histoire de meurtre. Au diable ! Il soupire. Qu'est-ce qu'il a pu entendre des choses comme ça souvent ces derniers mois. Et pourtant, la soirée reste encore gravée dans sa mémoire, souvenir impérissable qui ne cesse d'aller et venir dans son esprit, sans cesse, qui tournoie, s'éloigne un peu et revient à l'attaque. Bam. D'un coup, sans prévenir, comme une claque dans la figure, un crochet avant dans la mâchoire, un coup de pied déplié dans le ventre. Comme ça, ça revient. Le matin quand il boit son café noir à la table de la cuisine de ses parents, qui le laissent vivre sous leur toit pour vérifier qu'il travaille bien. Dans sa voiture pour aller jusqu'à la fac, une fois préparé, quand il semble voir une fille qui lui ressemble, là, au coin de la rue, qui attend pour traverser. En cours, quand il se rappelle les souvenirs qu'il avait avec elle parce que le conférencier a dit telle ou telle chose en rapport avec tel ou tel souvenir dont il n'arrivera plus à se détacher jusqu'à la fin de la journée, de la semaine, du mois. Le soir, sur le chemin du retour, quand il revoit cette même fille, qui attend une nouvelle fois pour traverser. Cette fille à côté de laquelle il a envie de s'arrêter, de baisser la fenêtre de la place passager de la voiture, de lui faire un sourire sincère et de lui demander si, pour une fois, elle ne veut pas être raccompagnée, parce qu'il fait noir et que des gens malpropres, pas sérieux, méchants, dangereux, des gens qui tuent et qui ruinent des vies de la sorte traînent parfois dans les parages, qu'il le sait que trop bien. Il y a des moments où Colin en a vraiment envie, où il ralentit une fois à son niveau mais accélère de nouveau ; pas cette fois-ci, c'est trop tôt, elle le prendra pour un fou, elle criera, appellera la police, elle lui ressemble trop, ça le met mal à l'aise. Il ne saurait même pas quoi lui dire, à cette fille. Il ne saurait pas vraiment expliquer pourquoi il s'arrêterait à son niveau. Il le ferait, c'est tout, proposerait et la reconduirait chez elle sans lui demander son prénom, et ça recommencerait plusieurs fois, jusqu'au jour où il l'appellera Eloise. Nouveau soupir. Son esprit divague trop facilement c'est dernier temps, depuis que le nouveau questionnaire auquel il a répondu « en toutes franchise, évidemment ! » a été publié dans le journal de la fac. Et l'éternelle question du « que penses-tu du meurtre d'Eloise Wilson, il y a quelques mois ? À ton avis, ça va influencer les inscriptions à notre fac l'année prochaine ? » et toutes celles du genre qui en découlent. À vrai dire, Colin n'avait même pas été franc : s'il l'avait été, il aurait dit qu'il l'emmerdait profondément à ressasser sans arrêt, constamment, à la première occasion cette histoire qui ne fait que blesser un peu plus certaines personnes tout en intriguant d'autre, provoquant chez elle une curiosité pour le moins mal placée. Les gens ne s'intéressent même pas à qui était réellement Eloise Wilson, quel genre de personne elle était, pourquoi elle avait choisit cette filière, ce domaine d'étude, pourquoi son rire sonnait de la façon dont il sonnait, pourquoi ses yeux brillaient lorsqu'elle souriait, pourquoi elle réussissait à faire sourire Colin même quand il n'en avait pas envie, pourquoi elle avait réussi à lui donner l'impression qu'il en était amoureux l'espace d'un été, entre la troisième et la seconde, au point d'accepter de sortir avec elle. Tout le monde s'en fout, et ça l'énerve au plus au point. Tout le monde sauf lui, et sauf la personne qui le ramène sans doute le plus à ses souvenirs – des souvenirs qu'il ne voudrait ni oublier, ni mettre des côtés, car ils ne le rendent pas triste, au contraire : ça le fait sourire doucement, peut-être de façon un peu mélancolique aussi, de repenser à ces instants qu'il gardera toujours en mémoire, dans un coin de sa tête, même quand il pensera les avoir oublier ; ils reviendront inlassablement, éclairer une parcelle de son esprit pour lui rappeler qu'il y a toujours des belles choses. Et donc, Colin, quand il regarde cette personne, il se rappelle de tout ça. Et il aimerait bien au fond, qu'elle aussi s'en rappelle de la même façon, qu'elle arrête de se cloîtrer dans la tristesse et qu'elle voit la beauté des souvenirs qu'elle garde au plus profond d'elle-même, chérissant ainsi les vestiges laissés par sa meilleure amie disparue, celle que l'on ne reverra plus chanter, danser, crier dans les longs couloirs de la fac. Cette personne qu'il voit arriver en courant, qui le fait faire un pas de côté pour lui barrer le chemin, qui s'arrête à quelques centimètres à peine de lui, de justesse, manquant de le percuter. Adèle. La française de la fac. Il la détaille, sa cigarette coincée entre les lèvres, son briquet à la main, le pouce posé sur la roulette, prêt à donner l'impulsion pour faire naître la flamme qui lui permettra de se griser un peu plus les poumons. Il la détaille de haut en bas, s'attardant sur son visage trempé des larmes qu'elle a laissé couler le long de ses joues. Ses sourcils se froncent légèrement, il continue de faire glisser son regard sur les traits fins de sa figure bien pâle et, du revers de son index, efface la bruine qui continue de suinter de ses yeux, sans lâcher la roulette de son briquet. Cette même main à laquelle est rattaché son doigt vient se poser sur l'épaule de la blonde, où les cheveux peinent un peu à tomber, hormis quand elle rentre dans cette dans ses épaules. Et doucement elle glisse, se serrant un peu autour de son avant bras, dans un geste qu'il espère être réconfortant. Pour finir, elle vient se perdre dans la sienne, qu'elle serre doucement, toujours en silence. « Viens avec moi. » il dit doucement, sans rien ajouter, sans même lui laisser le temps de le repousser. Ses doigts serrés autour de son poignet, après avoir lâché sa main pour éviter toute confusion dans les esprits primitifs qui les entourent, Colin l'entraîne à l'extérieur du bâtiment, puis à l'extérieur du campus, jusqu'au parking. Doucement, sans la presser, pour ne pas trop tirer sur son bras. Jusqu'à arriver à sa voiture. Il la regarde finalement, lui adresse un petit sourire, quoi qu'un peu triste, sort son paquet de cigarette, et lui en tend une. « T'en as besoin, je crois bien. Autant que t'as besoin de t'éloigner de tout ça, de souffler un coup quelques minutes. J'ai pas de cours important, ni de TD dans l'heure qui vient. » C'est un peu sa façon à lui, Colin Batfire, de lui dire qu'il est là pour elle si jamais elle a besoin de parler un peu, de tout lâcher ce qu'elle a sur le cœur : il avisera, essayera de se protéger lui-même de tout ça en temps voulu.

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“All systems go, the sun hasn't died, Deep in my bones, straight from inside. I'm waking up, I feel it in my bones Enough to make my systems blow. Welcome to the new age, to the new age.”


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Adèle Fauvez

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MessageSujet: Re: i lost my mind long time ago.    Jeu 31 Oct 2013 - 21:33

Et soudain, il y a une présence dans l’obscurité, un regard, un geste, pour elle et pour elle seule. C’est Colin. Colin qui pose les mains sur elle, pour lui arracher ses larmes. Elle a envie de lui cracher à la figure. De quel droit il ose la soustraire à sa tristesse ? N’a-t-elle donc pas le droit de souffrir ? Sa souffrance n’est-elle pas suffisamment belle, suffisamment dure pour qu’elle puisse la clamer haut et fort, l’affirmer envers et contre tout ? Alors quoi, elle devrait faire semblant ? Afficher un air sympathique et répondre « merci pour vos condoléances, je vais mieux, ne vous inquiétez pas pour moi, ça va mieux, ça va passer » ? Mais elle a pas envie Adèle, elle souffre et elle a envie que le monde souffre avec elle. Elle voudrait leur dire « qu’est-ce que vous avez à me regarder comme ça ? ah vous voulez que je fasse semblant, vous voulez pas voir les monstres cachés dans le placard, vous voulez faire semblant d’être heureux, ouais vivre l’hypocrisie. on fait semblant, on dit que tout le monde est gentil, qu’on vit dans un monde de bisounours. c’est pour de faux mais on s’en fout, ça vaut toujours mieux que d’voir la vérité en face. qu’on vit dans un monde de merde, avec des gens de merde ». Elle a envie d’hurler, Adèle. D’hurler à la face des gens tout ce qui ne va pas bien, d’hurler la tristesse, le désespoir, l’horreur, l’effroi, tout ce qui est trop affreux pour être dit, tout ce qu’on fait semblant de ne pas voir. Elle a envie de les attraper, de leur montrer qu’aujourd’hui, y a encore des gens qui tuent pour une question de couleur de peau, que y a des gens qui crèvent de faim dans la rue et qu’on en a rien à foutre, et que de toute façon on n’en a plus rien à foutre de personne de nos jours. Faut juste apprendre à fermer sa gueule, à afficher un putain de sourire parfait, genre tout va bien, ma vie est géniale, tout est merveilleux, alors qu’en vrai, on a envie de crever tellement on est mal, on coule, putain, on coule en permanence et on se relève jamais. Dès qu’on fait un mouvement pour essayer de sortir la tête de l’eau, y a toujours quelqu’un pour appuyer dessus et nous faire boire la tasse. Quelqu’un. Ou un souvenir. Et les souvenirs, ils défilent dans la tête d’Adèle en permanence. Ils l’enfouissent sous les larmes qui sont comme des lames de rasoir qui viennent s’enfoncer dans son corps, dans son cœur. Et parfois elle a envie qu’elles soient là, littérales. Elle a envie de voir le sang jaillir, de voir du rouge maculer toute la pièce. Peut-être qu’après elle se sentira mieux, peut-être que ce sera comme si le désespoir s’écoulait avec son sang, laissant des traînées noires partout. Alors ouais, peut-être bien qu’elle pue la désespérance et l’abandon, mais qu’est-ce qu’elle en a à foutre ? Tant pis si ça leur plaît pas, si elle fait tâche, parce qu’elle fait pas dans le politiquement correct et qu’on veut toujours cacher ce qui ne va pas. Et Adèle elle va pas bien, Adèle faudrait l’enfermer dans le placard avec les secrets et le mal enfoui, celui qu’on fait semblant de pas avoir. Est-ce que ça le rend moins réel d’afficher un sourire alors qu’on a envie de pleurer et de dire que non, le noir on sait pas ce que c’est, ça existe pas. Mais putain le noir il est partout. Il est écrit sur le visage des gens, dans les rues mornes et sombres de la ville. Elle a pas d’espoir, Adèle. Elle en a plus. Et elle veut pas en ravoir. Elle veut pas qu’on lui dise que ça va aller mieux, que ça va passer, parce qu’il n’y a jamais de mieux, parce que c’est juste temporaire, et que pour chaque instant de bonheur, y a une chute de dix mètres qui nous attend. Adèle, elle sait que le bonheur c’est quelque chose qu’on nous arrache trop facilement et que ça fait mourir. Ouais, tu peux en mourir de perdre ton petit bonheur quotidien, alors que tu pensais qu’il était à toi, que maintenant on pouvait plus te le reprendre. Il était acquis, et pourtant il a été repris. Ça vaut rien le bonheur, parce que ça veut dire le malheur. Adèle, elle veut pas se calmer, elle veut pas que Colin la console. Elle veut pas qu’il lui dise qu’il faut qu’elle accepte, qu’il faut qu’elle arrête d’en vouloir au monde entier, de crier sa colère au monde. Elle a envie de le repousser, de se défaire de l’étreinte de ses doigts, de se débarrasser de lui. Elle a envie de lui crier de s’occuper de ses affaires, de lui mettre une claque. Pour qu’il la lâche, putain, qu’il la lâche enfin. Parce que dans les bras de Colin, elle a envie de pleurer, Adèle. Mais pas pleurer de rage, de désespoir. Pleurer calme, pleurer presque doux, comme si les larmes coupaient moins, comme si laisser sortir, c’était s’apaiser. Mais elle a pas droit au repos. Elle brûle et elle doit continuer de brûler. Elle le doit à Eloise. Eloise n’est plus là, Eloise comptait, Eloise était celle qui comptait le plus, c’était l’étoile la plus brillante dans le ciel, le soleil dans une journée pluvieuse, celle qui dissipe le brouillard. La perte d’Eloise ne doit jamais être acceptée, et Adèle doit continuer de brûler pour toujours. Elle paye le prix du bonheur qu’elles ont partagé, ensemble. Elle a envie de hurler à Colin qu’elle le hait, qu’elle veut qu’il la laisse tranquille, qu’elle a pas envie de lui parler, pas envie de le suivre. Mais ses doigts s’emmêlent dans les siens, et l’entrainent au loin. Elle voudrait le rejeter, mais elle a envie de pleurer encore, Adèle, à voir leurs doigts entremêlés. Personne n’a pris sa main depuis la mort d’Eloise. Parfois, elle a envie de sortir dans un bar, et de coucher avec n’importe qui. De s’offrir au premier venu, juste pour sentir des mains sur elle, quelqu’un qui la touche par-dessus sa carapace, juste pour être un peu moins seule, un instant. Et pour souffrir encore, toujours plus. Parce qu’elle a honte après, Adèle. Parce qu’elle les déteste, à vouloir posséder son corps sans en avoir rien à foutre d’elle, de la laisser encore plus cassée qu’elle ne l’était avant parce que ça n’a rien arrangé, bien au contraire. Mais après quand elle y repense, elle est contente. Parce qu’elle se déteste encore plus, Adèle, parce qu’elle ne fait qu’agrandir le trou béant dans sa poitrine. Et il ne sera jamais refermé parce que ce trou appartient à Eloise, c’est la place qu’elle occupait, la place trop grande, alors elle est déchirée et ne sera jamais réparée. Y a que la fumée des cigarettes qu’elle enchaine qui peut essayer de le remplir, mais la fumée elle finit toujours par s’évaporer et le trou il est aussi vide qu’avant. Mais elle continue de fumer quand même et elle accepte volontiers la clope que lui propose Colin en lui tendant la main, sans rien dire. Elle accepte la cigarette, pas la proposition. Il fait ce qu’il veut Colin, c’est sa voiture sur laquelle elle s’appuie en tremblant, alors si il veut rester là, tant mieux pour lui, mais ça veut pas dire qu’elle va s’ouvrir, qu’elle va lui sourire, qu’elle va tout dire, comme pour tout laisser couler. « Je veux pas parler. Si faut parler je m'en vais. Je veux pas. » Elle garde tout Adèle, elle garde tout à l’intérieur d’elle-même et ça l’étouffe. Tant mieux. C’est le but. Il comprend sans doute pas, Colin, mais c'est pas grave, elle s'en fiche qu'il comprenne pas pourquoi elle profite pas de sa présence pour se défaire un peu de tout ce qu'elle a sur le cœur, alors qu'il demande rien en échange. Elle veut pas s'expliquer, Adèle, elle veut rien dire, elle veut faire comme s'il n'était pas là, mais il est là quand même et au fond rien que sa présence change quelque chose dans le brouillard. Elle comprend pas pourquoi il est si gentil avec elle alors qu'elle, elle l'est pas. Mais elle se sent obligée de rajouter : « Eloise est partout dans ma tête. Je ne veux pas la dire. Je ne veux pas qu'elle s'en aille, je veux qu'elle reste là toujours. » comme pour lui faire comprendre que c'est pas sa faute si elle est comme ça.    

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Colin Batfire

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MessageSujet: Re: i lost my mind long time ago.    Lun 4 Nov 2013 - 2:59

Les yeux de Colin continuent de glisser sur le corps bien frêle, maigrelet, tremblant d'Adèle. Il se retient d'ajouter à sa proposition sous-entendue et ma foi totalement compréhensible – s'attendant sans nul doute à se faire envoyer chier comme un vulgaire chien, comme la plupart des gens se font envoyer chier par mademoiselle Fauvez depuis quelques temps – une parole qui lui aurait valu, à tous les coups, et c'est le cas de le dire, une bonne baffe. Et pour cause. Colin voudrait la traiter d'idiote, quand il la voit, là, fragile, à vif, les joues trempées de larmes, les yeux rougis et gonflés par la tristesse qui coule dans ses veines et par laquelle elle se laisse empoisonner jour après jour au lieu de se chercher un antidote pour réussir à se sauver. Idiote. Idiote, à vouloir paraître plus forte qu'elle ne l'est – elle ne l'est pas, et l'état dans lequel il la trouve face à lui en est bel et bien la preuve après tout – et à envoyer sur les roses le premier crétin qui veut l'aider. Heureusement pour lui, Colin n'est ni le premier, ni un crétin, combo peut-être gagnant pour réussir à la tenir en place plus de cinq minutes sans pour autant se prendre un crachat à la gueule ou une claque à faire grincer les dents, qu'il ne pourrait pas s'empêcher de lui rendre, dans une spontanéité déconcertante. Mais il se méfie. En aucun cas il ne s'attend à la voir déballer tous ses doutes, toutes ses peurs, toutes ses larmes et sa tristesse qu'il arrive déjà bien à saisir lorsqu'il réussit à accrocher suffisamment longtemps son regard sans qu'elle ne le détourne directement. Il ne l'a pas amenée ici pour ça, dans le but ultime de la faire parler, cela n'aurait aucun intérêt puisque ça ne mènerait tout bonnement à rien, rien d'autre qu'une prise de bec, qu'une engueulade, qu'un retour au point de départ qu'il n'est même pas sûr d'avoir quitté, à force de tant d'incertitude face à elle. Elle est, après tout, suffisamment grand pour choisir par elle-même si elle le veut ou non, si elle a besoin ou non – évidemment qu'elle a besoin, encore faudrait-il qu'elle l'admette enfin, ce qui est une autre histoire – de mettre des mots, à voix haute, sur tout ça. Sur toute cette histoire qu'elle n'arrive pas à oublier, qui reste dans sa tête. Il peut le comprendre, ça, Colin. Il peut tout à fait le comprendre, sachant à quel point Adèle et Eloise étaient proches, ne formaient presque qu'une seule et même personne à force de passer leur temps ensemble, de ne plus jamais se lâcher. Non stop. Personne n'en voyait une sans l'autre pendant plus d'une heure une fois le soleil levé, une fois leurs yeux ouverts. Elles étaient collées l'une à l'autre à chaque instant de leurs vies qui ne devenaient à force, au fil du temps, plus qu'une seule et même vie qu'elles vivaient ensemble, main dans la main. Ce que les gens refusent de comprendre, c'est qu'à la mort d'Eloise, sans doute, la vie d'Adèle s'est effondrée. Elle s'est retrouvée seule dans une vie qu'elles menaient alors à deux, constamment, comme des siamoises, et de la pire façon qu'il soit ; elle doit réapprendre, pas à pas, étape par étape, à se faire un chemin dans la broussaille grisâtre et marécageuse dans laquelle on l'a plongée à peine le cercueil sous la terre, sans même lui laisser le choix de la date du face à face avec les autres. C'est évident que la tristesse qu'elle éprouve ne s'en ira pas comme ça, du jour au lendemain, si elle décide de commencer à en parler. Elle continuera toujours un peu de lui serrer le cœur, et c'est sans doute la meilleure des raisons pour laquelle elle devrait cesser de s'infliger autant de souffrance : le temps, malgré son passage que l'on ne peut empêcher, fini toujours par nous remettre en mémoire, à un moment ou à un autre, les choses qui nous ont blessé. C'est comme ça que ça marche, ça n'est pas prêt de changer, alors autant s'y habituer directement. Mais il ne la forcera pas, n'évoquera pas le besoin ou non de parler qu'elle est susceptible de ressentir, d'avoir. Qu'importe, il restera là sans rien dire si ça peut apporter quelconque réconfort, une présence face à elle, qui ne la juge pas parce qu'elle pleure. Alors, dans le silence qui continue de planer au dessus de leurs têtes, Colin se contente de la détailler à la dérobée, détournant par moment le regard pour ne pas qu'elle le soupçonne. Il tire sur sa cigarette après avoir allumé la sienne, enfonce son briquet dans la poche de sa veste, y logeant son poing, serré. Quand elle daigne enfin ouvrir la bouche, déversant sur lui toute son agressivité en à peine quelques paroles prononcées, Colin hausse les épaules. Elle ne veut pas parler ? Alors qu'elle ne parle pas. Lui même ne le fait pas, après tout, il serait culotté de lui demander de le faire. Culotté, et même sacrément hypocrite. Si le premier adjectif convient plutôt bien au caractère de Batfire, le second bien moins, si ce n'est pas du tout, et il lui ai déjà arrivé de le montrer. Il n'a rien à lui prouver, rien à se prouver à lui-même non plus. Il ne fait pas ça par pitié ni par charité, se contente simplement de se montrer un minimum agréable avec elle, quand la plupart des gens ne font preuve, justement, que d'hypocrisie ou de méprise. Il ne se considère en aucun cas comme le Superman, le sauveur de cette âme en détresse, ne s'autoproclame pas chevalier servant d'Adèle Fauvez ni même ami réel ; elle ne voudrait sans doute pas de lui comme ami dans tous les cas, alors à quoi bon ? Cela ne servirait tout bonnement à rien, ne ferait pas avancer les choses, aurait plutôt tendance à les faire reculer. Il ne fait que se proposer comme soutien, en cas de coup dur, si jamais elle n'arrive vraiment plus à supporter tout ça. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'avec lui, elle peut s'avérer être une vraie saloperie. Elle l'a prouvée en le harcelant presque littéralement pour qu'il lui raconte ses souvenirs, ses souvenirs à lui et lui seul avec Eloise. En le foutant suffisamment mal pour qu'il en vienne presque à flancher à son tour, juste pour quelques instants dont il ne voulait rien partager. Et elle s'en est foutue, jusqu'à ce qu'elle obtienne ce qu'elle voulait. Alors le sourcil de Colin s'arque, dans un étonnement qu'il ne cherche pas à maquiller, en aucun cas, lorsqu'elle lâche à nouveau des paroles alors que lui n'a rien demandé, ne lui en a adressé aucune qui justifierait ce début de déballage sentimental qui, au final, pourrait lui aussi le mettre mal à l'aise. Il la détaille, fronce légèrement les sourcils. À court de réponse. Et pourtant. « Je ne dirais pas : ne pleurez pas, car toutes les larmes ne sont pas un mal. », se contente-t-il de répondre, continuant de la fixer en tirant sur sa cigarette. « Tolkien. », il précise, comme une justification de ses paroles. Un soupir s'échappe d'entre ses lèvres. Elle attend sans doute une réponse plus précise. Soit. Il commence donc : « C'est normal que tu penses à elle, qu'elle soit dans ta tête, comme tu dis. Mais tu t'infliges des souffrances que tu ne devrais pas subir, t'en fais presque trop. Évidemment t'es blessée, t'as mal, t'as envie de pleurer. Et c'est normal, mais pas au point où tu en es. On dirait un religieux qui se donne comme devoir de porter le cilice dans le simple but de se rapprocher de la douleur qu'aurait subit je ne sais quel seigneur. Tu n'as pas à faire ça pour Eloise. Sérieusement, tu la connaissais mieux que personne, tu crois qu'elle aurait voulu ça pour toi ? Que tu te mortifies de la sorte parce qu'elle s'est fait tuer par un enfoiré ? Tu crois que si elle pouvait te parler, si elle pouvait te dire ce qu'elle pensait, elle te dirait vas-y Adèle, c'est bien, continue, détruis toi morceau par morceau, noircis toi encore un peu plus, tu vas voir, tu vas y arriver, toucher le fond, c'est ce que je veux ? Adèle, arrête. C'est pas ça qu'elle voudrait pour toi. Et je sais ce que tu vas me répondre : qu'on ne se connaît pas, que je ne sais pas, que j'ai pas le droit de parler d'elle, que je ne suis pas dans sa tête ni dans la tienne et qu'elle est morte. Mais quand bien même ça pourrait te faire chier de l'admettre et de le comprendre, moi aussi j'ai connu Eloise, moi aussi je sais comment elle était, et ça lui briserait le cœur de te voir comme ça. Et tu le sais ! C'est ça le pire, c'est que tu le sais, et je sais que tu le sais. Parce que quiconque l'a suffisamment bien connu le sait, ça. Mais personne n'a les couilles de venir te voir parce qu'en plus de te détruire tu cherches à détruire la part des autres qui voudrait t'aider. Et ça tu me l'as fait subir aussi en me reléguant au simple rang d'album de souvenir que tu voulais ouvrir. C'est pas ça qu'elle aurait voulu, Adèle. Et je sais que là, là en m'écoutant, tu bouillonnes. T'as envie de me frapper. Tu veux me frapper ? Vas-y, frappe moi. Je m'en fous. Je m'en fous parce que moi au moins j'ai eu suffisamment de couilles de te dire ce que je pense de ça. Alors frappe moi si ça t'éclate, si t'en crèves d'envie, je m'en tape complètement. Faut que tu te mette dans le crâne que t'es pas la foutue héroïne tragique d'un roman du siècle dernier, qu'on va plaindre parce qu'elle prend sur elle toute la douleur du monde. T'as pas toute la douleur du monde sur les épaules, t'es loin de tout ça, même si tu voudrais prétendre le contraire. Tu crois que c'est beau, que c'est tragique, qu'on va te donner une médaille pour ça ? Non. Les gens tourneraient plutôt ça dans le pathétique. » Il la regarde fixement, sans rien dire. Se contente d'attendre, d'attendre le coup qu'elle pourrait avoir envie de lui mettre. Et si elle lui met, il ne bronchera pas, comme il l'a dit : il s'en fout, puisque maintenant, c'est dit, et qu'il sait qu'il n'a pas tord. Alors il se contente de continuer de la regarder, comme ça, en chien de faïence. Sans rien ajouter d'autre pendant quelques instants. Il finit par sortir les clefs de sa voiture, l'ouvrir, s'installer au volant après lui avoir balancé un : « monte ». Il attend, la regarde. Soupir. « Il va rien t'arriver, fais moi confiance un peu, et monte dans cette bagnole. Je pense avoir suffisamment prouvé que je suis pas un connard avec toi. Monte, crois moi, ça te permettra de te défouler. Fais moi confiance. » Et c'est en plantant son regard dans le sien, sans rien dire d'autre, que Colin attend. Et il n'a pas tord : si elle lui fait confiance, elle ne le regrettera pas.

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“All systems go, the sun hasn't died, Deep in my bones, straight from inside. I'm waking up, I feel it in my bones Enough to make my systems blow. Welcome to the new age, to the new age.”


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Adèle Fauvez

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MessageSujet: Re: i lost my mind long time ago.    Dim 17 Nov 2013 - 19:57

Elle se tait dans l’immensité de la nuit. Le silence alentour bourdonne autour d’elle, pressant et vide. Elle rejette ses cheveux neige derrière elle, lumière trompeuse là où il n’y a plus que noirceur. Désespoir au fond d’une nuit. Les étoiles brillent là-haut et c’est d’autant plus insupportable. Comment les étoiles peuvent-elles briller alors qu’elle n’est plus là ? La vie continue d’avancer, le monde de tourner. Les gens passent à autre chose, les gens oublient. Il n’y a qu’elle qui reste là, immobile, bloquée dans le passé, incapable de recommencer à vivre maintenant que tout s’est arrêté. Ses jambes se balancent dans le vide, elles ont perdu tout appui. Sa main tremble un peu quand elle porte la cigarette à ses lèvres. Elle crache sa fumée à la face du ciel, comme pour lui dire qu’elle le hait d’être si beau et de donner tant d’espoir. Elle n’en veut pas, Adèle, de son sale espoir. Elle ne sait que trop bien combien le monde est noir et que rien ne vaut la peine d’être vécu parce que tout bonheur a une fin qui ne vient que trop vite, sans prévenir, comme ça. Une tempête qui dévaste tout et qui ne laisse que des ruines. Alors à quoi ça sert, de continuer, si on ne fait que se rapprocher de la fin, si le moindre instant de bonheur sera remplacé par le triple de tristesse ? Elle n’y croit plus, Adèle. Elle ne croit plus en l’Homme, elle ne croit plus en la vie. Maintenant qu’Eloise est partie, que son sourire n’apparaît plus devant ses yeux, que son portable ne sonne plus au milieu de la nuit, que son rire n’illumine plus une après-midi pluvieuse en consolant toutes les peines. Sa voix s’est tue. Eloise se tait. Eloise est partie. Et Adèle voudrait hurler. Elle voudrait lui dire merde, comment t’as pu les laisser te faire ça ? comment t’as pu mourir sans te battre ? comment t’as pu me laisser ? je fais quoi, moi, sans toi ? je suis perdue. Eloise, moi sans toi, je suis rien. Elles coulent les larmes sur les joues d’Adèle. Il fait si froid qu’elle a l’impression qu’elles vont geler. Ce serait con, ça, quand même. Oh et puis elle s’en fut au fond. Ils peuvent bien la regarder, la montrer du doigt. Qu’est-ce qu’elle en a à foutre des gens ? Eloise n’est plus là. Adèle n’est plus qu’un fantôme, qu’un reflet, qu’un vague écho du feu-follet rieur et plein d’énergie qu’elle était autrefois. Eloise est morte et son Adèle l’est tout autant.
Tu te souviens, Colin, de la nuit ? La nuit qui avale tout, et qui recrache les rêves en bouillie. La nuit noire, si noire que tu trembles, seul dans ton lit en attendant que ça passe. Mais tout n’est plus qu’une nuit éternelle, une nuit sans étoiles, une nuit sans lune. Le noir est partout. Il n’y a plus de lumière nulle part. Comment je fais, moi, pour savoir où aller ? Je suis perdue, Colin. Je ne vois rien, je ne sais rien. J’avance et je me cogne dès que je fais un pas. Je suis enfermée, je tourne en rond. Colin, je t’en prie. Chante-moi une berceuse. Une petite mélodie toute douce, murmurée à mi-voix pour ne pas trop me faire mal. Une étincelle, une bougie, quelque chose pour me montrer le chemin. Colin, s’il-te-plait, allume une lumière. Même une petite flamme, toute petite, toute rabougrie, tremblotante seule au milieu du noir. Une flamme qui vacille mais qui ne s’éteint pas. Elle grandira, tu crois ? Colin, aide-moi. Je tombe dans un gouffre sans fin et je ne peux que tenter de te tendre la main en espérant que tu la saisiras. Mais elle reste immobile, tu es trop loin, trop haut, tes doigts effleurent les miens mais je glisse. Je tombe, Colin. Dans un abime dont je ne verrai jamais la fin. Retiens-moi. Rattrape-moi. Non. Non. Laisse-moi ! Ne m’approche pas, éloigne toi. Je ne veux pas de toi. Laisse-moi. Laisse-moi mourir, laisse-moi périr. Laisse-moi m’enfoncer dans le désespoir qui m’englue. Je suis déjà coincée. Mes ailes y sont prisonnières, je ne peux pas m’en échapper. J’attends la mort, et je me vide lentement de mes forces. Il est déjà trop tard. Ne me décroche pas, je n’ai pas besoin de toi ! C’est ma faute. Je veux rester là. C’est trop tard pour me sortir de là. Je ne veux pas. Je veux rester là et mourir. Ne vois-tu pas ? C’est une offrande. Non. Un sacrifice.

La fumée de la cigarette s’échappe de ses lèvres alors qu’elle resserre ses doigts autour pour ne pas trembler. Elle vacille, elle ne veut pas s’écrouler. Pas maintenant. Il faut qu’elle tienne debout. Encore un instant seulement. Elle va s’échapper bientôt, partir sans laisser de traces, sans laisser la possibilité à Colin de la rattraper. Partir et disparaître. S’échouer dans un endroit connu d’elle seule. Mais voilà qu’il se sent obligé de répondre en lui sortant une foutue citation. Qu’est-ce qu’il veut qu’elle en fasse ? Non. Non. Oh non. Elle accepte toutes les citations du monde si seulement il s’arrête maintenant. Elle ne veut pas l’entendre, elle voudrait se boucher les oreilles mais il lui semble que sa voix lui parviendrait toujours. Elle traverse toutes les barrières, toutes les défenses. Elle ne peut pas le laisser faire. « Vas-t-en. Vas-t-en ! Laisse-moi ! Me touche pas ! Me touche pas putain ! » Il la touche trop, Colin. Même comme ça, juste avec les mots. Mais des mots trop bien choisis, trop vrais, trop forts. Des mots qui l’égratignent et qui l’atteignent alors qu’elle se voudrait hors de tout, trop blessée déjà pour qu’on puisse en rajouter. Elle voudrait rester stoïque et grande dans sa douleur mais elle se plie un peu plus à chaque nouvelle phrase. Quand elle croit qu’elle a touché le fond, que rien si ce n’est elle ne peut la malmener encore plus, il la casse en mille morceaux. Et plus il en rajoute, plus il l’empêche de ramasser les morceaux et sa dignité pour se protéger, se retrancher derrière la douleur qu’elle affiche. Alors Adèle continue de hurler alors que la colère grandit en elle, s’épanouit comme une fleur qui fleurit. Mais la plante est toxique, le poison se répand dans ses veines et l’asphyxie. Elle n’a aucun moyen de s’en sortir, aucune possibilité de rédemption. Elle voudrait qu’il se taise. Il semble pouvoir lire en elle, déchiffrer tout ce qui est caché, enfoui au fond et enfermé à double tour pour que personne n’y accède jamais. Comment peut-il savoir ? Comment peut-il comprendre ? Pourquoi ne se tait-il pas ? Qu’il se taise, putain ! Il ne voit pas qu’elle n’en peut plus ? Elle va exploser, elle attend depuis si longtemps. Il ne peut pas lui balancer tout ça au visage et s’attendre à ce qu’elle ne réagisse pas. Il ne le voit pas, qu’il la tue un peu plus à chaque mot qu’il prononce et qui s’enfonce en elle pour trouver sa résonnance à l’intérieur ? Laisse-moi couler, laisse-moi me détruire, laisse-moi m’enfoncer mille lames de rasoir et ne m’arrêter que quand il ne restera plus rien. Des miettes d’Adèle éparpillées un peu partout et au vent de les faire s’échouer, séparées à jamais. Adèle n’est plus. Adèle était deux. Adèle était moitié. Adèle est désormais seule. Elle ne connaît de la solitude que le couteau qui lui lacère le cœur. Comment s’en sortir ? Comment accepter ? Et ses mots assassins ne font que lui rappeler un peu plus la perte qu’elle subit chaque jour. Adèle se fiche que les regards des rares passants se figent sur eux. Elle a juste envie qu’il se taise enfin, qu’il la laisse reprendre sa respiration mais il ne fait que la maintenir sous l’eau. Elle se noie. Il la noie. Elle a besoin qu’il la lâche, besoin de respirer. Alors elle fait la seule chose qu’elle sait faire, Adèle. Sa main part toute seule, s’écrase sur sa joue. Elle met toute la rage, toute la haine, toute la colère qu’elle éprouve, comme si ça pouvait l’aider à s’en débarrasser. Mais pas de catharsis, la douleur est toujours là. Elle le détaille un instant, perdue, désorientée, sans savoir vraiment ce qu’elle doit faire maintenant. Une biche. Elle hésite entre s’enfuir à toutes jambes, vaincue par la peur, ou bien rester par fierté. Vraiment par fierté ? Elle est seule, Adèle. Et peut-être qu’une présence… La colère est partie, elle l’a abandonnée. Il ne lui reste plus rien maintenant. Plus rien pour la protéger des autres et des émotions qui s’inscrivent dans son cœur encore trop à vif. Les larmes d’Adèle débordent à nouveau et devant Colin, elle a honte de sa faiblesse. Ce n’est plus une provocation, un rempart qu’elle peut lancer à la face des autres en se murant dans la grandeur et la beauté de la tristesse. Non. Elle est faible. Alors, presque naturellement, elle s’approche de lui, appuie son front sur son torse contre sa chemise, pour ne pas qu’il les voit la défigurer. Et ses doigts se resserrent sur son t-shirt qu’elle attrape. Elle coule, Adèle. Elle chavire et se noie dans ses larmes. Elle a besoin d’un point d’ancrage, de quelque chose auquel s’accrocher pour s’en sortir. Elle s’agrippe désespérément à lui comme à une bouée de sauvetage. Ça semble presque être un appel à l’aide, une invitation à la sauver. Une supplication muette. Et comme si elle en avait conscience, elle s’écarte soudainement d’un bond farouche. Lui jette un regard plein de défiance. Comme pour lui dire non, non, tu ne m’auras pas comme ça. Elle ne comprend pas ce qu’il fait, pourquoi il va s’installer au volant de la voiture. Il s’en va ? Mais ses yeux fixent les siens, attendant qu’elle saisisse la proposition. Elle hésite à nouveau, finit par s’installer dans la voiture à coté de lui, sans rien dire. Elle ne lui demande pas où il l’emmène, elle ne lui dit pas qu’elle lui fait confiance. Elle se tait, tout simplement. Elle remonte ses jambes sur le siège, contre elle, et se tourne complètement vers la fenêtre, appuyant sa tête. Elle s’absorbe dans une contemplation de l’extérieur pour ne pas voir l’intérieur. Les mots dans ses yeux et les fantômes dans les silences.       

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